Paron de 1701 à 1750

 

Les documents concernant la Paroisse de PARON reposent essentiellement sur les archives notariées, les archives du château de PARON, les archives ecclésiastiques pour la chapelle Saint­Bond et les archives du CHESNOY qui ont été rassemblées et commentées par Monsieur Maurice ROY. 

Mais l'évolution de la population de PARON et sa composition restent très mal connues. Un dépouillement exhaustif des registres paroissiaux qui servaient d'actes d'état civil depuis l'Ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539 permet d'appréhender quelque peu la vie de la Commune pendant la période de 1701 à 1750, période pour laquelle le dépouillement a été effectué.

 

Plan de Paron de 1701 à 1750

 

 

Le Début du XVIIIème  siècle 


1701 annonce le début d'une période tragique du règne de Louis XIV marquée par des guerres incessantes dans le milanais, aux Pays Bas quelques victoires militaires, mais aussi de nombreuses défaites qui laissent présager des lendemains difficiles. 1703 les troupes françaises sont mises en fuite à Höchstädt, 1705 l'escadre française de la Méditerranée est détruite par les Anglais, 1708 chute de LILLE jusqu'à la paix d'Utrecht en 1713. Défaites et victoires se succèdent entraînant des difficultés financières de plus en plus angoissantes. Par ailleurs, l'année 1709 fut particulièrement néfaste, un hiver extrêmement long et rigoureux entraîna le gel des récoltes et par conséquent la hausse des prix du pain et de la farine. Des émeutes vont éclater à Paris et dans quelques villes de Province, des troubles qui se renouvelleront sans cesse jusqu'à la Révolution. A ces difficultés militaires et économiques s'ajoutent les difficultés dynastiques. Louis XIV verra disparaître son fils, puis son petit-fils, condamnant le régime à une longue régence, conduit par Philippe d'Orléans et par le Cardinal Dubois. 


L'année 1725 sera marquée par le mariage de Louis XV avec Marie LECZINSKA (qui aura 10 enfants en 12 ans). 
1733 c'est la reprise de la guerre avec l'Autriche, guerre financée par des impôts nouveaux entraînant une crise financière permanente. Par ailleurs, les récoltes de blé de 1739 et 1740 sont calamiteuses, le prix du pain augmente, les boulangeries sont gardées par l'armée. 


1741, c'est à nouveau la guerre, cette fois avec l'Angleterre. La lutte s'engage au Canada, en Louisiane, le conflit cessera provisoirement en 1748 pour reprendre quelques années plus tard.  

 

La vie à Paron pendant ces périodes difficiles :


Première constatation 


On observe tout d'abord que la quasi-totalité de la population est constituée de vignerons, de laboureurs, de manouvriers ; on a relevé un meunier, un mercier, un arpenteur, un sabotier, un garde du port et le jardinier du château. 


On est donc en présence d'une population essentiellement agricole. 


Deuxième constatation 


Entre 1701 et 1750, la mortalité l'a emporté sur la natalité : 787 décès ont été enregistrés pour 729 naissances. 


Troisième constatation 


Les années 1702, 1719 et 1748 ont été particulièrement catastrophiques pour la démographie : 
1702 
28 décès 
18 naissances 
1719 
31 décès 
14 naissances 
1748 
27 décès 
14 naissances 
4ème constatation 
La mortalité infantile était effrayante et l'on constate que les familles nombreuses étaient pratiquement inexistantes.

Quelques exemples servent à illustrer cette constatation :
Louis CHESNEAU épouse Michelle BARRIÈRE en 1710,
1712 : naissance de jumeaux, Michèle décède à 1 jour, Louis décède à 15 jours ; 
1713 : naissance de Savinienne qui meurt en 1716 ;  
1715 : naissance à nouveau de jumeaux, Edmé meurt à 4 jours, Anne meurt à 6 jours ;
1718 : naissance de Marie ;  
1719 : naissance de Pierre qui vivra 2 ans. 
En 1719, Michelle BARRIÈRE disparaît à l'âge de 33 ans, sur les 7 enfants qu'elle aura mis au monde, seule sa fille Marie survivra mais disparaîtra en 1740 à l'âge de 22 ans. 
Autre exemple : la famille de Jean-Baptiste GAGÉ qui épouse Germaine HARDOUIN en 1726,   1727 : naissance de Germain qui meurt à 8 ans, 1729 : naissance de Marie-Madeleine ; 1732 : naissance de Jean-Baptiste ; 1736 : un enfant mort-né ; 1740 : naissance de Jean ; 1743 : naissance d'Etienne qui meurt à 3 ans ; 1747 : naissance de François. Le père Jean-Baptiste GAGÉ décède en 1748 à 44 ans. 
Louis LIAUREAU ou LHIAUREAU (l'orthographe a varié au fil des années) épouse en 1716 Anne LHIAUREAU,  
Ils ont une fille Anne qui vit 3 mois ;  
un fils Jean qui vit 2 ans ;  
une fille Anne qui vit 4 mois ;  
un fils Louis ;  
une fille Marie qui décède à 7 mois, 
un fils Charles qui vit 1 mois ½.  
Louis LIAUREAIJ disparaîtra en 1733 à 42 ans, un seul fils lui aura survécu.  
 Louis MORISSON (ou MAURISSON) marchand de bestiaux épouse Anne MAROTTE en 1726,  
1729 : naissance d'Anne ;  
1730 : naissance de Jean ;  
1732 : naissance de Geneviève qui vivra 8 ans ;  
1734 : naissance de Marie qui vivra 3 ans ;  
1736 : naissance de Louis qui vivra 4 ans ;  
1739 : naissance de Florence-Marie qui vivra 9 mois ; 
1740 : naissance d'Etienne qui vivra 9 mois ;  
1743 : naissance de Madeleine ;  
1745 : naissance de Florence qui vivra 11 mois. 
 Louis MORISSON disparaîtra en 1750 à l'âge de 50 ans, laissant seulement Anne, Jean et Madeleine. 
Le destin de Florence RAGUIN fut encore plus tragique née au Rû Couvert, elle épouse Jean BOUY en 1709, Elle met au monde : Jean-Baptiste en 1712 qui vivra 8 ans ;  En 1714, Marie-Madeleine qui vivra 4 ans;   En 1715, Marie qui vivra 9 ans ;   En 1717, Michèle qui disparaîtra à 2 mois ; En 1719, Louis qui vivra 5 semaines ; En 1720, Edmé qui vivra 2 mois. 
Florence RAGUIN perdra son fils Jean-Baptiste le 22 décembre 1720, son fils Edmé le 25 décembre et disparaîtra elle-même le 31 décembre de la même année. 
Les exemples pourraient ainsi être multipliés. Pierre GOUBERT, dans sa thèse de Doctorat es lettre écrit «le problème véritable n'était pas de mettre beaucoup d'enfants au monde, c'était de les conserver». En 1708, sur 25 naissances, il n'y aura que 7 survivants trois ans plus tard ; En 1713, 14 décès pour les 18 naissances ; En 1717, 12 décès pour les 17 naissances ; En 1719, 11 décès pour les 14 naissances, ont survécu Edmé ARDOIN, Charles GREGOIRE et Etienne COYDON, encore que ce dernier disparaît à 20 ans; En 1720, sur 11 naissances, on relève 6 décès dans l'année, 2 en 1721 et 1 en 1725 ; En 1734, 11 naissances, 8 décès, 4 dans l'année, 2 en 1735, 1 en 1736 et 1 en 1737 ; En 1737, 10 naissances, 7 décès ;   En 1739, sur 14 naissances, il restera 2 survivants en 1748 ;  En 1743, sur 11 naissances, il restera 2 survivants en 1746.

 

Quatrième constatation :

Les alliances familiales s'opéraient principalement dans la Commune, il y avait relativement peu de nouveaux arrivants. Un acte de décès, celui d'Anne THIELARD, permet de faire connaissance avec les principales familles du village.  Anne THIELARD était l'épouse d'Etienne MORISSON, marchand de bestiaux, elle décède à 62 ans. Elle s'était mariée en 1703. Le ménage avait eu deux fils, Louis né en 1707 et Etienne né en 1716 et une fille Anne née en 1712, morte en 1748 à 36 ans. Etienne MORISSON disparaîtra en 1743 à 62 ans. Aux obsèques, assistent Anne MAROTTE, épouse de Louis MORISSON et fille de Michel MAROTTE, Arpenteur et d'Anne BOUY, cette dernière issue d'une famille de Laboureurs du Rû Couvert. Michel MAROTTE, frère d'Anne et fils de Michel (l'aîné) avait épousé Marie CHAUSSON, épouse en première noce de CHARLES LHIAUREAU. 


Assistaient également à la cérémonie Jean EVEZARD, Vigneron aux Gallots, époux de Jeanne IIANNEQUIN, Michel NEVEU, époux de Marie THIELARD, Meunier à Paron, Pierre GAGÉ, Firmin RAGUIN et son fils Jean (les RAGUIN étaient une famille de laboureurs des Gallots), François BRESSEAU, époux en première noce de Germaine DROUET,en seconde noce de Marie JEUBERT, une fille de François BROSSEAU avait épousé Louis GRÉGOIRE. 


I1 est donc permis d'affirmer que les principales familles étaient présentes aux obsèques d'Anne THTELARD mais il convient de compléter le tableau avec les familles MALHERBE - CHICOUET - CHALUBERT - LEFORT - VILLERS - BOUVIER - MUSEAU - AMART - JUVENET - GUESNUS - ROBLOT - FREMY - COYDON, familles de vignerons. 


Il convient de mentionner également François HARDOUIN, Buraliste et Laboureur, Hubert RENON. Laboureur, époux d'Edmée GRÉGOIRE, Denis FOUET, Sabotier, Pierre TONDEUR, Mercier, Etienne CHATRY, Sabotier, Mathurin LEFORT, Maçon aux Provendiers, Claude SIMON, Jardinier au Château de Paron. 
Quelques familles de manouvriers ont résidé en permanence dans le village : Les PIERRE, les MILET, les DERONDE, les CORNIBET, les CHESNEAU, les MUSEAU. 


6ème constatation

Une longévité réduite concernant la population, il convient de noter que la proportion des adultes qui atteignent 60 ou 70 ans est très faible. 


Sur 787 décès enregistrés sur la période étudiée (l’année 1704 n'était pas prise en compte en raison de la disparition des archives) on constate que 40 personnes seulement avaient dépassé l'âge de 60 ans. De ces 40 personnes, 27 atteindront l'âge de 70 ans et de ces 27 adultes 5 parviendront à l'âge de 80 ans. Hubert RENON décédera à 80 ans tout comme Jean EVEZARD, Etienne CHATRY et Milo TOUSSAINT. En 1714, le doyen des Paronais fut Nicolas EVEZARD qui décédera le 20 janvier à l'âge de 85 ans.


Il est intéressant de noter que cinq membres de la famille EVEZARD ont atteint ou dépassé 68 ans.


Les historiens mettent l'accent sur l'âge particulièrement avancé de Louis XIV lors de son décès puisque ce dernier disparaîtra en 1715 à l'âge de 77 ans. Mais aucun de ses enfants légitimes ou légitimés n'atteindront cet âge. 


Son fils légitime décédera à 50 ans, son petit-fils à 30 ans, son arrière-petit-fils le roi Louis XV à 64 ans. 


Le Comte de Vermandois fils légitimé de sa liaison avec Melle De La Vallière décédera à 16 ans. Louis César et Melle De Tours, enfants légitimés de Louis XIV avec Madame de Montespan disparaîtront respectivement à 11 ans et 5 ans, ce qui tend à prouver que la longévité n'était pas exceptionnelle même dans les familles royales. Seules deux de ses filles (légitimes) dépasseront les 70 ans.


PARON fut donc un modeste village de vignerons et de Laboureurs peu fortunés en général, illettrés (la plupart des actes du curé mentionnent que les déclarants ne savent pas signer) et très sensibles aux crises économiques et financières qui jalonnent cette première moitié du XVIIIème siècle.

Dates

Naissances

Mariages

Décès

1701

16

8

10

1702

18

5

28

1703

22

6

8

1704

/

/

/

1705

21

5

14

1706

18

2

9

1707

18

6

18

1708

23

2

18

1709

16

2

22

1710

11

4

20

1711

16

10

17

1712

26

3

19

1713

18

2

19

1714

14

4

14

1715

19

2

14

1716

15

7

15

1717

17

4

10

1718

18

1

13

1719

14

2

31

1720

11

2

24

1721

18

5

15

1722

8

4

11

1723

13

5

13

1724

13

6

16

1725

12

4

16

1726

15

7

13

1727

19

5

20

1728

20

3

17

1729

18

1

16

1730

25

3

23

1731

11

2

13

1732

15

2

11

1733

16

0

22

1734

11

2

15

1735

11

3

15

1736

15

1

7

1737

10

4

10

1738

10

6

10

1739

14

3

24

1740

12

2

14

1741

12

2

17

1742

9

3

14

1743

11

5

19

1744

10

0

13

1745

13

3

10

1746

9

3

15

1747

11

3

17

1748

14

4

27

1749

10

4

10

1750

13

3