Le Manoir du Chesnoy

 

Le manoir du Chesnoy

Le manoir du Chesnoy, 600 ans d’histoire
Résumé de la conférence présentée à Paron le 5 avril 2007 par Pierre Glaizal
Château Chesnoy

D’après le livre de Maurice Roy, Le Chesnoy-lez-Sens, histoire d’un fief et de ses seigneurs, Paul Duchemin, imprimeur-éditeur, Sens, 1912, et la notice inédite de Marguerite David-Roy Histoire du Chesnoy, du XVIIe siècle à l’an 2000.



Je remercie particulièrement M. et Mme Michel Roy de m’avoir communiqué les documents sans lesquels cette étude n’aurait pas abouti.


Présentation :

le manoir du Chesnoy se situe à l’extrême pointe occidentale du territoire de Paron, là où celui-ci touche les finages de Nailly, Saint-Martin-du-Tertre, Villeroy et Subligny. La maison actuelle date pour l’essentiel du début du XVIIe siècle et surtout du milieu du XVIIIe. Il s’agit de la maison seigneuriale du fief du Chesnoy.


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Cependant, avant le milieu du XIVe siècle on n’a mention que du fief des Châtaigners ou de Chastenoy, dont la dame de Villers (épouse de Robert, chevalier, sire de Villers-Bocage) est propriétaire en 1264, et qui fera partie par la suite du domaine particulier du Chesnoy. (Roy, p. 14-17)
A la mort de Robert de Villers, vers 1285, son fils Jehan de Villers hérite des domaines de sa mère. Il aura maille à partir avec l’archevêque de Sens, Etienne Bécard dont les administrateurs prétendaient que tous les châtaigniers (bois et fruits) dépendants en fief de la baronnie de Nailly (et surtout ceux de Jehan de Villers) lui appartenaient comme inhérents à la propriété du sol ou du fonds. Jehan l’admit pour les « arbres antiques » mais pas pour les semis de hasard, ajoutant que ces arbres étaient fort dispersés, d’exploitation malaisée, et qu’ils envahissaient ses bois, leur portant un tort considérable. (même problème que pour le charme, qui évince les espèces nobles comme le chêne).
Comme ce fut souvent la règle, cela se termina en 1297 par un compromis : l’archevêché renonça à ses droits sur les bois châtaigniers (sauf le droit de fief), cependant que Jehan de Villers lui aliénait 28 arpents de bois dépendant de sa propriété.


Rappel de l’affaire Pierre de Cugnères, dit Jehan du Cognot :


30 ans plus tard, le roi Philippe VI de Valois chargea Pierre de Cugnères, son conseiller, de rédiger une liste de 66 griefs contre les empiètements de l’autorité ecclésiastique. L’église de France réagit, et après deux assemblées à Vincennes le roi accepta un compromis, désavouant publiquement Pierre de Cugnères tout en lui conservant sa confiance. Ce n’est qu’après la mort du conseiller que les évêques firent placer à Notre Dame de Paris, côté droit et entre deux colonnes, « une statuette de pierre ou de cuivre tout à fait ridicule, appelée marmouset, que l’on nomme aujourd’hui (1520) Pierre du Coignet, et tous lui rendent visite jour après jour avec des chandelles allumées. Après sa mort les gens composèrent quelques écrits pour s’en moquer… » (Chronique sénonaise de Pierre Bureteau, ms 1176, Bibliothèque de Metz, 1520, feuillet 21) C’est probablement à la même époque que fut placé le Jean du Cognot de la cathédrale de Sens.

 


La première mention du Chesnoy :

Une note de Jean-Claude Chastelain, seigneur du Chesnoy de 1767 à 1791) qui dit que le Chesnoy appartint primitivement à Gilbert Hamelin, écuyer et physicien (= médecin) du roi Jean le Bon, qui se fixa au Chesnoy quand le roi fut prisonnier en Angleterre, soit en 1358. (Roy, p. 21)

Plan d'image du Rû Couvert


La succession Chanteprime :

François meurt en 1418, laissant un testament gigantesque, faramineux… : il a de nombreuses propriétés dans le ressort de Sens, mais aussi sur Courtenay, Montereau, Milly, Chailly en Bière… Mais sa succession est grevée de nombreuses dettes qui occasionneront de multiples et coûteux procès. 
Son fils Jehan s’en charge seul et ne s’en tire pas trop mal : à la faveur surtout des désordres de la Guerre de Cent Ans il réussit à conserver la jouissance de la plus grande partie des biens de la famille. (Roy, 72). Il meurt en 1442.

Denise, sœur de Jehan, ayant épousé Jacques le Hongre, seigneur de Villeneuve la Dondagre et de Fouchères, ce dernier devient seigneur du Chesnoy à la mort de Jehan. Suite à un nouveau conflit avec l’archevêque de Sens, celui-ci fait saisir le bois du Côté Envers (= les Côtes Enverses). A l’époque, le Chesnoy est en ruines. Jacques le Hongre meurt en 1449, les procès en sommeil reprennent, le domaine est saisi en 1471 puis mis aux enchères en 1479. (Roy, p. 76)

Jehan du Fresnoy, (fils) conseiller au parlement de Paris, était fils de Jehan du Fresnoy (père) et de Guillemette du Vivier, fille de Catherine Chanteprime elle même fille de François. Il était donc l’arrière-petit-fils de François de Chanteprime. C’est lui qui achètera le Chesnoy dont il devint le seigneur en 1480. Il ne le conservera que 16 ans.

Son cousin Guillaume Allegrin poursuivit pour des motifs non élucidés la revendication de la propriété et obtint gain de cause. En 1497 c’est lui qui est seigneur du Chesnoy. Il descend d’une ancienne famille de robe, conseillers au Parlement de Paris depuis 4 générations. (Roy, p. 87). Ses possessions étaient considérables. Il avait épousé Guillemette de Bonney, fille de Catherine Chanteprime. 
Sous Louis XI, il fit partie de la commission chargée d’instruire le procès du cardinal Jean Balue. Comme seigneur du Chesnoy il eut lui aussi maille à partir avec le Chapitre et l’archevêque de Sens.(Roy, p. 89)

 

L’affaire du troupeau de porcs :

Guillaume Allegrin entra en 1497 en conflit avec le Chapitre concernant le droit de justice : le Chesnoy ayant été à l’abandon durant la guerre de Cent Ans, le Chapitre, seigneur de Villeroy, chercha à étendre sa juridiction et s’en prit au prévôt du Chesnoy et à ses deux sergents. L’offensive échoua, Allegrin, en tant que conseiller au Parlement de Paris, ayant pris leur défense en main. 
En 1499 les chanoines s’attaquèrent alors à Jehan Jullien dit Beausseron, habitant sur la terre du Chesnoy, l’accusèrent de vol et firent saisir son petit troupeau de porcs. Le prévôt du Chesnoy considérant que Beausseron dépendait de sa justice fit emmener les porcs dans une dépendance de sa maison. Le Chapitre envoya ses officiers au Chesnoy ; ils rompirent les prisons et emmenèrent les porcs. Cité devant le garde de la prévôté de Montereau, siégeant à Varennes, le Chapitre rétorqua que les faits avaient été dénaturés et que le juge de Varennes était incompétent et le lieu inadapté. Guillaume Allegrin fut alors cité devant le bailli de Sens en 1499, et le jugement lui fut probablement favorable car le seigneur du Chesnoy resta durant les siècles suivants en possession de son droit de justice.

Guillaume Allegrin entra également en conflit en 1498 avec l’archevêque de Sens, Tristan de Salazar, qui lui reprocha de ne pas lui avoir rendu foi et hommage, et fit saisir sa terre. Allegrin fit appel au Parlement. Un arrangement dut intervenir. (Roy, p. 92).
Guillaume Allegrin mourut en 1502. Il n’avait profité du Chesnoy que 5 ans.
Son fils Jacques Allegrin, bailli de Melun, conseiller du roi sur le fait de la justice de son trésor, et qui avait été procureur de son père pour l’administration du Chesnoy, hérite du domaine et le vend en 1507 à Etienne de Bierne. Le domaine sera resté aux Chanteprime et à leurs descendants durant 125 ans. (Roy, p. 94)

 

La reconquête des campagnes après la guerre de Cent Ans :

C’est à Jehan du Fresnoy, puis à Guillaume Allegrin que l’on doit la restauration des cultures sur le domaine. Les baux à cens démarrent plus tardivement sur le Chesnoy que dans le reste de la région, le domaine étant à l’écart, mais surtout suite aux interminables procès de la succession Chanteprime. Les contrats de défrichement se multiplient, et les petits propriétaires suivent l’exemple. (Roy, p. 95 à 99). Allegrin choisit ses officiers parmi ses censitaires : Jehan Bouvier, Robin Savary, Jehan le Gaigneux, Jehan Balesme. 
Se développent alors les Dauges (Marchais Blanc), les Masures, Les Chollets, la Voie aux Vaches, Villeneuve saint Martin (devenue les Joigneaux.), mais également une série de hameaux disparus : les Caves de Vaussorde (entre le Chesnoy et les Joigneaux, hameau disparu au XVIIe siècle), Les Bruns, la Mardelle Bénard, le Bois des Hongres, Les Ragots et la Mardelle Tirepenne (future Mardelle Blaise).

Restitution du Chesnoy

Etienne de Bierne devient seigneur du Chesnoy en 1507. Il appartient à une ancienne famille de notables ecclésiastiques et laïques de la bourgeoisie de Sens, enrichie par le négoce. Il est sommelier et chansonnier du roi Louis XII, garde du scel de la prévôté de Sens, procureur et receveur des deniers communs de la ville de Sens, de 1513 à 1516. C’est durant sa gestion qu’auront lieu d’importants travaux de construction du boulevard de la porte Saint Didier et de réparations aux portes, ponts, murailles et fossés de l’enceinte de la ville. On apprend ainsi qu’il fit transporter des grès extraits de la perrière du Chesnoy, fendus et amenés à Sens.


A la mort de son beau-père Pierre Voisin vers 1506, il devient également seigneur de Paron et du fief des Grosses Pierres. Le cens était prélevé le 14 septembre, jour de la Sainte Croix, sur les ponts d’Yonne « où le seigneur de Paron avait coutume de s’installer dans un siège de forme, devant une table où il disposait le registre de censive. » (Roy, p. 139).


C’est là qu’intervient, en 1535, la cocasse anecdote du censier découpé et recousu. (Roy, p. 139)
Quelques jours avant la Sainte-Croix 1535, Etienne de Bierne avait apporté à Sens, en qualité de tuteur de son fils mineur à qui appartenait la terre de Paron, l’ancien registre censier de Paron, datant de 1476, pour le montrer à l’apothicaire Nicolas Pesnot. Au lieu de le ramener au Chesnoy il le confia à damoiselle Georgette de Croiset, qui le garda une semaine et le déposa dans un hôtel appartenant à Jehan de Bierne, frère d’Etienne. L’épouse de Jehan, Alice de Balot, trouva le registre et le croyant « de nulle valeur », commença à en couper les feuillets (c‘était une habitude chez elle…) mais s’apercevant de son erreur, remit les feuillets coupés dans leur couverture. La Sainte Croix venue, Etienne de Bierne revint à Sens, découvrit les dégâts et obtint du prévôt de Sens l’autorisation de recoudre les feuillets coupés. Le registre réparé se trouve aux Archives de l’Yonne, cote E 300. Etienne de Bierne se laissa gagner par la Réforme et interdit à son fils « de mener prêtres au Chesnoy », sinon il fera abattre le corps principal du logis, ne laissant que les matériaux sur place. Il meurt en 1549.

Son fils Edme de Bierne lui succède comme seigneur du Chesnoy et seigneur de Paron. Il est avocat au baillage de Sens et lieutenant pour le roi sur le fait des Eaux et Forêts. Sans enfants, il cède la seigneurie de Paron à son beau-frère Robert Hémard. (sur le fief et manoir de Paron, voir Roy p. 157). Il meurt en 1562.

Le frère d’Edme, Etienne de Bierne, hérite du Chesnoy. Il meurt jeune en 1571, laissant trois petits enfants. L’archevêque fait saisir 2 fois (en 1571 et 1574) le domaine, n’ayant pas reçu le dénombrement. Un accord intervient en 1574 avec les tuteurs des enfants. Ce n’est qu’en 1587 que l’un de ces enfants, François de Bierne, présente à l’archevêque l’aveu et dénombrement de la terre du Chesnoy.
En 1588 il commence à vendre ses immeubles. En 1596, François et son épouse Françoise Droin cèdent le fief du Chesnoy à Michel de Vaux, écuyer, homme d’armes de la compagnie du seigneur de Bellan. (Roy, p. 155)

Projet Donjon


La période d’instabilité de 1596 à 1607 :

Michel de Vaux néglige de payer les droits accoutumés et de présenter ses devoirs de vassal à l’archevêque. Celui-ci fait saisir son fief en 1596. Ce n’est qu’en 1599 qu’il présenta enfin son aveu et dénombrement à l’archevêque qui l’accepta sous réserve et répondit par un blâme. 


En 1601 Michel de Vaux cède le Chesnoy à Etienne de Senay, écuyer, sire de Saint Germain et de Coleuvrat, (qui habitera le Prieuré, à Gron), lequel vient de vendre Etigny et Sérilly à Claude de la Bistrate.
Mais La Bistrate ne lui ayant pas payé Etigny et Sérilly, Etienne de Senay ne paya pas le Chesnoy à Michel de Vaux, qui le fit condamner à régler la somme. Il ne put le faire et le domaine fut saisi et mis aux enchères. 
L’archevêque de Sens s’y opposa, niant qu’il y ait au Chesnoy droit de justice. Or l’enchérisseur était mandaté par Jehan Bocquet, secrétaire du roi Henri IV. Le bailli de Sens ayant ordonné par sentence la vente du Chesnoy avec tous droits de justice, l’avocat et le procureur de l’archevêque furent menacés, s’ils persistaient, de payer sur leurs biens personnels les dépenses, dommages et intérêts qui incomberaient à Etienne de Senay du fait de leurs prétentions. Ils renoncèrent et le Chesnoy fut adjugé à Jehan Bocquet le 30 janvier 1607.


Origine de Jehan Bocquet. (Roy, p. 224 à 227)

Il est né en 1569 d’une vieille famille de petite bourgeoisie, de gros marchands de bois parisiens possédant des chantiers vers leur maison non loin de la Bastille. Son grand père maternel Claude Girard était juré en l’office de charpenterie. Sa mère, Jehanne Girard, veuve jeune, se remarie avec un de ses parents, marchand bourgeois de Paris. Jehan Bocquet s’engage dans les armées, tout d’abord dans le régiment de Du Fourny (tué en 1591 devant Noyon), puis dans la compagnie des chevau-légers de la garde, qui se signala brillamment au côté d’Henri IV. En 1595 il acquiert un office d’huissier sergent à cheval au Châtelet. Le 15 janvier 1596 il épouse Antoinette Jorron, fille d’un marchand bourgeois de la rue Saint-Antoine, en présence d’une pléiade de notables parisiens. La dot est rondelette.

 

La nourrice (Roy, p. 229 et suivantes)

Quelques années plus tard, le 27 septembre 1601, la reine Marie de Médicis, deuxième épouse d’Henri IV, mettait au monde un fils : Louis XIII. On lui donne une première nourrice, Catherine Hotman, qu’il épuise rapidement. Une seconde est appelée à la rescousse, Mlle Hélin, qui est honnête et fort douce et a beaucoup de lait et fort bon. Mais elle ne plaît pas à Marie de Médicis, qui l’empêche autant qu’elle le peut d’allaiter le dauphin. Louis XIII dépérit. Henri IV trouve une troisième nourrice, Mlle Galand, qui ne fait pas mieux. Marie de Médicis rencontre Antoinette Jorron qui commençait à allaiter son second enfant, et le 12 janvier 1602 la prend comme nourrice.


Après un début difficile Antoinette réussit parfaitement à contenter l’insatiable bébé, tout en acquérant l’estime et l’affection de la cour, malgré les jalousies et les intrigues.


La famille royale, reconnaissante, la couvre d’or ainsi que son époux. Jehan Bocquet obtient en 1603 un office de conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France, et la reine intervient personnellement pour soutenir Bocquet dans ses affaires.


Antoinette, « maman Doundoun », allaite Louis XIII durant 22 mois. Son influence grandit de jour en jour. Ses enfants Louise et Charles sont les compagnons de jeu du jeune roi.

 

L’ascension de Jehan Bocquet. (Roy, p. 262 et suivantes)

La fortune de Jehan Bocquet s’arrondit continuellement. Il acquiert en 1605 des fiefs ou « terres nobles » (Silly-en-Mulsien près de Senlis, et le vieux château d’Asnières-sur-Oise).


En 1606, il recherche une propriété plus importante qu’Asnières-sur-Oise. Habitant le château de Fontainebleau, il apprend par son ami Etienne du Toc, officier à la Cour et commissaire des vivres à l’élection de Sens, la mise en vente du Chesnoy. ( p. 278-279).

Jehan Bocquet devient seigneur du Chesnoy le 30 janvier 1607. Le domaine se compose d’un petit manoir en forme de pavillon, de jardins, de deux garennes, de vignes, de bâtiments d’exploitation, d'une basse-cour, d'un pressoir, d'un colombier, et possède le droit de haute justice s’étendant sur les hameaux voisins et le fief des Grosses Pierres. Il rend foi, hommage et fidélité au cardinal Jacques Davy du Perron, archevêque de Sens, en la personne de son frère Jehan Davy du Perron, conseiller du roi et procureur de l’archevêque. En 1608, il devient Grand Maître visiteur et réformateur des poids et mesures de France, office d’un revenu considérable qui lui donne une grande influence dans le monde des affaires. Marie de Médicis le protège et le soutient dans ses procès contre ses rivaux.


Il s’établit de façon constante au Chesnoy chaque été. Vers 1611 sans doute (selon Roy, p. 315-316) il commence la construction de la nouvelle habitation, l’ancien manoir étant trop petit.


Après la mort d’Henri IV, les Bocquet feront l’objet de la part de Marie de Médicis et du jeune roi de fort généreuses largesses.


En 1613, ils sont anoblis et deviennent Jehan du Bocquet, seigneur du Chesnoy, et damoiselle Antoinette de Jorron, avec de nouvelles armoiries. (Roy, p. 326 à 328)

Le 24 avril 1617, Louis XIII fait arrêter le protégé de sa mère, Concini, maréchal d’Ancre, qui résiste et est tué de cinq coups de feu. Le roi n’a que 15 ans ½. Marie de Médicis est forcée de quitter la cour, et ses protégés s’enfuient précipitamment. Cependant les du Bocquet, pour qui Louis XIII a de la reconnaissance, seront autorisés à rester au Louvre jusqu’au mois d’août. 


Les du Bocquet quittent alors la cour, et s’installent derrière les galeries du Louvre, ayant amassé une fortune monétaire et territoriale considérable. (Roy p. 345-347). Jehan augmente l’importance de sa terre du Chesnoy en y réunissant en 1619 le fief des Grosses Pierres. En 1631, selon la tradition locale, la reine Anne d’Autriche, en visite à Sens, serait venue au Chesnoy. (Roy, p. 354).

En 1633, Antoinette Jorron meurt. Jehan du Bocquet est complètement désemparé. En 1639, ses enfants tous mariés, il a 70 ans. Il tombe alors sous l’influence d’escrocs qui lui soutirent des sommes considérables, et des femmes sans scrupules cherchent à l’accaparer. Ses enfants essaient de l’empêcher de se remarier, mais il contre-attaque et d’interminables procédures s’ensuivent avec eux. Il meurt en 1649, âgé de 80 ans, dans sa terre de Sivry, éloigné de sa famille et de ses anciennes relations. (Roy, p 366-367).

 

La succession de Jehan du Bocquet :

Ses 4 filles héritent (Louise, Henriette, Françoise, Louise la jeune).
(Episode de la Fronde : le 9 janvier 1652 deux conseillers au Parlement de Paris, favorables à la Fronde, Jacques de Géniers et François Bitaut, poursuivis par des cavaliers de Mazarin, se réfugient à la Cassine puis rejoignent le Chesnoy, l’ancien manoir qui avait encore son donjon féodal, entouré de fossés et de murailles. Ils y affrontent lesdits cavaliers. Bitaut est fait prisonnier, Géniers s’enfuit.)
Après 15 années de débats, en 1665, a lieu le partage définitif. Le 2e mari de Françoise, Nicolas Imbert, fut durant 25 ans le représentant au Chesnoy de la famille Du Bocquet.

En 1665, le Chesnoy devient propriété indivise des 4 filles et de leurs époux. En 1674, Louise la jeune, veuve de Pierre Maschat de Meschaussée, achète la part de ses sœurs aînées Louise et Henriette. Françoise et elle restent au Chesnoy. Le fils de Louise la jeune, Nicolas Maschat, épouse sa cousine Elizabeth, fille de Françoise. Françoise meurt en 1694 à 89 ans. Louise la jeune, en 1701, à 94 ans. Le fils de Louise la jeune, Nicolas Maschat de Pompadour, baron de la Coste, seigneur du Chesnoy, époux d’Elizabeth du Toc, première femme de chambre du dauphin Louis de France, veuf en 1692, se remarie en 1714 avec Agnès Portail, âgée de 60 ans. Il meurt en 1726 à 87 ans. Il laisse 4 enfants qui, 4 ans après sa mort, cèdent le Chesnoy à Antoine Martineau, bourgeois de Sens.Antoine Martineau est poitevin, fils de Jacques Martineau, bourgeois de Saint-Genest (Vienne) et de Radegonde Couillebault. Attaché à la personne de l’évêque de Poitiers, il le suit quand celui-ci est nommé à Sens. Il épouse Marguerite Pelée, fille d’un marchand potier d’étain à Sens. Il achète le Chesnoy en 1730, il a alors 63 ans. Il s’y établit, rachète les coupes de bois vendues par son prédécesseur, fait planter des châtaigniers dans la pièce qui coupe le chemin du Chesnoy à Paron. Il s’occupe particulièrement des bois et loue les terres. 


Seigneur intransigeant, il fait refaire le registre foncier, d’où de nombreuses réclamations de ses censitaires. La révolution de 89 allait supprimer les terriers, très impopulaires.


Selon Marguerite David-Roy, c’est lui ou Nicolas Maschat qui ont fait construire le grand corps de logis actuel avec son fronton en façade. Le donjon féodal – la Tour du Chesnoy - dut disparaître après 1751. 

Antoine Martineau meurt en 1751. Il est inhumé dans le chœur de l’église de Paron. Son épouse, Marguerite Pelée, le suit en 1763. Elle est inhumée dans l’église de Sainte Colombe. Ils laissent deux fils, Antoine-Cosme, échevin de Sens puis conseiller honoraire au bailliage et siège présidial de Sens, et Augustin Martineau du Chesnoy, capitaine d’infanterie et poète à ses heures.



Disparition de la famille Martineau :

Les frères Martineau ne laissent pas de descendance. 4 ans après la mort de leur mère, ils vendent la propriété à Jean-Claude Chastelain. Antoine-Cosme meurt à Paris le 9 août 1789, à 85 ans. Augustin meurt à, Sens, rue des Canettes (= rue Pasteur), le 5 juillet 1800, à 86 ans. 

Jean-Claude Chastelain achète le Chesnoy en 1767. Il est né en 1747 à Hermé près de Provins, et est fils d’un chirurgien. Ses parents, son oncle et son tuteur étant morts, il hérite de leur fortune à 20 ans et achète le Chesnoy. Il s’y installe et a 2 filles naturelles qu’il adopte et dont il fait ses héritières.


L’acte de vente décrit un château composé d’un grand corps de logis à 2 étages, cour et basse-cour, logement pour le fermier. Le domaine inclut le bois de Châtenoy, et son seigneur a le droit de justice haute (affaires pouvant entraîner châtiment corporel et même la mort), moyenne (inventaire des biens saisis, émancipation, petits délits) et basse (différents de peu d’importance).


La position que Chastelain occupe dans le pays, son intelligence, son ouverture d’esprit le conduisent peu à peu aux responsabilités politiques.

Le 1e mars 1789 il est l’un des 20 commissaires devant condenser les registres de doléances au bailliage de Sens. En février 1790, la France étant divisée en départements et districts, il est nommé administrateur du district de Sens. En 1791, il demande à être admis à racheter les cens, rentes et autres droits féodaux dus pour la seigneurie du Chesnoy, mais vend cette terre au docteur Pierre-Edme Chauvot de Beauchêne, conservant le fief des Grosses Pierres, où il achète une maison (aux Fleurys) pour s’y retirer. Le 7 septembre 1792, il est élu l’un des 9 députés de l’Yonne à la Convention. Le 15 janvier 1793, il est les seul des 9 députés à ne pas voter la mort du roi. Il s’opposera aux Montagnards et signera avec 72 autres députés l’acte de protestation de Lanjuinais après l’exclusion des Girondins. Lors de l’appel des suspects son nom est oublié, il le revendique et est emprisonné avec les 72 autres. 


A la chute de Robespierre (28.7.1794) on oublie de le libérer : il ne sortira que le 25 octobre. Il rejoint alors la Convention et fait partie, en tant que député de l’Yonne, du Conseil des 500, chargé d’élaborer les lois. Il publie en 1795 son projet de réformes intitulé « Pacte social combiné sur l’intérêt physique, politique et moral de la Nation Française et autres nations, peuples ou puissances de l’Europe. » En 1797, il quitte le conseil des Cinq Cent et se retire dans sa chaumière des Fleurys. En 1814 les cosaques ayant détruit sa maison il se réfugie près de là chez sa fille. Il y meurt en 1824. On l’enterre au cimetière de Subligny, qui sera désaffecté en 1895 : toute trace de sa tombe a disparu. 

Edme-Pierre Chauvot de Beauchêne a acheté le Chesnoy en 1791.Né en 1749 à l’abbaye des Echarlis (près de Villefranche-Saint-Phal, Yonne). Docteur en médecine, médecin des écuries de Monsieur, futur Louis XVIII. Nommé en 1784 médecin en chef de l’Hôpital militaire du Gros Caillou (Paris 7e). Durant la Terreur, (1793-1794) il accueillera plusieurs proscrits au Chesnoy. 

Il fit partie du conseil des médecins institué par Bonaparte en 1800 pour l’inoculation de la vaccine, contre la variole ; il devient médecin de l’Ecole Normale, puis du Ministère de l’Intérieur, puis du Corps Législatif.
A la restauration, il devient premier médecin consultant de Louis XVIII. Il se partage entre Paris et le Chesnoy. 


Il sera maire de Paron de 1818 jusqu'à sa mort en 1824. Il repose au Père Lachaise. Il avait restauré la maison laissée délabrée par Chastelain et agrandi le domaine. 

Son fils Edme-François, né en 1778, était chirurgien en chef de l’hôpital Saint-Antoine. Il sera chirurgien des rois Louis XVIII et Charles X. Entre 1824 et 1827, le Chesnoy, en indivision entre lui et sa mère, sera loué à Jean-Auguste Talansier, officier demeurant à Paris. En 1827, à la mort de sa mère, il s’y installe mais la demeure est dévastée, et les réparations vont bon train. Il est à son tour maire de Paron et les réunions du Conseil Municipal se déroulent dans sa salle à manger.


Edme–François Chauvot de Beauchêne continue comme son père d’acheter terres et bois sur l’Echelotte, les Guignottes, les Côtes Enverses, les Caves, la Plaine de Rucouvert. Il meurt à Paris en 1831. Il a été maire de Paron depuis 1826. Ses trois enfants ne s’intéressent pas au Chesnoy, qui retourne à l’abandon jusqu’à sa vente en 1837 à Jules-Alexandre Paris. 


Chateau Chesnoy


Jules-Alexandre Paris, né à Paris en 1799, d’une famille originaire d’Origny-Sainte-Benoîte, près de Saint-Quentin, la famille De Paris, qui perd sa particule à la Révolution. D’abord secrétaire de la première présidence de la Cour des Comptes, il est ensuite conseiller référendaire et enfin Conseiller Honoraire de la même Cour des Comptes. Il épouse Mathilde Gontz, née à Hambourg en 1810. 


L’achat du Chesnoy en 1837 pose d’épineux problèmes dus aux hypothèques qui pèsent sur la propriété. La vente ne sera soldée que 4 ans plus tard, en 1841. La bâtisse nécessitait d’importants travaux de remise en état ; l’agencement intérieur fut modifié, modernisé, cependant qu’étaient construits de nouveaux communs. Jules et Mathilde achètent également la ferme des Masures (1847), la maison et la ferme de Rucouvert (1849), la ferme des Dauges (1851), ainsi que de nombreuses pièces de terres et de bois sur Villeroy et Nailly. 


Il existait en 1837 au nord de la maison principale un petit bâtiment qui avait servi de chapelle. Il fut démoli, et Mathilde Paris entreprit par la suite la construction d’une nouvelle chapelle. Jules Paris mourra en 1882, et la chapelle fut achevée en 1891, un an avant le décès de Mathilde. L’architecte à qui fut confié la réalisation de cet édifice dans le style néo-gothique était Horace Lefort, fils de Louis Lefort, lui-même collaborateur de Viollet-le-Duc et architecte de la chapelle Sainte-Colombe et de la chapelle (future église paroissiale) Saint-Antoine, à Sens. Son clocher haut de 18 m possède une cloche datée de 1550, qui se trouvait primitivement dans la chapelle Sainte-Anne, à Fossoy (commune de Lixy). La chapelle est dédiée à saint Jules, soldat et martyr, et à sainte Mathilde. Elle a été bénie le 15 septembre 1892 par l’archevêque de Sens. Elle a servi de relais paroissial durant la guerre de 1939-40.

La fille de Jules et Mathilde Paris, Marie Cornélie dite Nelly Paris, épouse en 1851 Ernest Roy. Il est né à Chaumont en 1820, fils de Césaire Roy, inspecteur de l’enregistrement et des domaines, descendant d’une famille de vignerons du Jura. Lui-même devient inspecteur des finances à 28 ans. Sa carrière commencée sous la monarchie de juillet se poursuit sous la IIe République, le Second Empire et la IIIe République. Il se verra confier plusieurs missions liées aux guerres extérieures de Napoléon III. « Presque toutes les grandes affaires de comptabilité lui passent entre les mains ». 

Ernest Roy sera successivement sous-directeur du Secrétariat général des Finances, Directeur Général de l’Enregistrement des Domaines et du Timbre, puis Conseiller d’Etat en service ordinaire hors section. Durant le siège de Paris, il fit partie en tant que représentant du ministre des Finances de la délégation qui s’installa à Tours, puis à Bordeaux pour représenter le gouvernement.


En 1874, il est nommé Président de Chambre à la Cour des Comptes, poste qu’il occupera jusqu’en 1893. C’était aussi un homme d’une grande érudition, qui s’intéressa aux textes des XVe et XVIe siècles ainsi qu’à Christine de Pisan. 


A la mort de Mathilde Paris en 1892, sa fille Nelly Roy hérite du Chesnoy. Elle n’en jouira que deux ans : elle meurt à Paris le 3 novembre 1894. Ernest mourra en 1908 à l’âge de 88 ans. Tous deux sont enterrés dans une des deux chapelles familiales, au cimetière de Paron. Dès 1895, c’est à leur fils que revient le Chesnoy en totalité. 


En 1895 furent achetées à M. Harly-Perraud, propriétaire du château de Paron, les 4 grosses bornes de granit qui marquent l’entrée du Chesnoy. Elles se trouvaient à l’origine dans la cour d’honneur du château des Tuileries. Elles ont été acheminées à Paron par péniche sur ordre de M. Harly-Perraud, qui s’en réserva plusieurs pour orner les entrées de sa propriété.


Famille Roy


Jules Etienne Augustin Maurice Roy, dit simplement Maurice Roy, né le 28 août 1856 à Paris, se dirigea comme son père et son grand-père vers la carrière administrative. Attaché à la Direction du cabinet du personnel et de l’inspection générale du Ministère des Finances, il entra à la Caisse des dépôts et Consignations où il travailla près de 25 années. En 1893, il entre à la Cour des Comptes : il y restera jusqu’à sa retraite en 1926. Passionné d’art et d’histoire, il dépouilla également d’innombrables notes notariales, ce qui lui permit de publier « Le ban et l’arrière ban du bailliage de Sens au XVIe siècle ». Il démontra l’existence de deux Jehan Cousin, le père et le fils. Membre de la Société des Antiquaires de France, de l’Institut de France, il fut président de la Société Archéologique de Sens.


Il publia en 1912 le premier volume de son histoire du Chesnoy, mais mourut avant d’avoir pu mener à bien la seconde partie. Sa bibliographie comporte 50 titres, publiés entre 1881 et 1934.


Maurice Roy et son épouse Henriette Martini eurent 7 enfants : Marie, Marguerite Marie, Suzanne, Georges, les jumeaux Henri et Maurice, et enfin Christine. Maurice acheta la Cassine et fit construire le petit chalet toujours visible en lisière des bois à l’est de la maison, ainsi, en 1928, que le « donjon », destiné à offrir un logement à son fils Maurice (né le 19 août 1900) et à son épouse Simone Dubost, et à aménager une vaste bibliothèque. Maurice Roy père mourra à Paris le 24 juin 1932. Son épouse Henriette le rejoignit le 13 juin 1947. Ils reposent au cimetière de Paron.


Maurice Roy fils s’installa d’abord au donjon puis habita la grande maison à la mort de sa mère. Lui et son épouse Simone moururent à quelques semaines d’intervalle au début de l’année 1994. Sans enfant, Maurice légua le Chesnoy à son neveu Michel, né en 1924, ingénieur agronome, fils de son frère Georges, propriétaire de Rû couvert..


Michel Roy se consacra à partir de 1994 à l’entière rénovation du rez-de-chaussée et du premier étage et au ravalement de la façade de la maison du Chesnoy. Le clocher de la chapelle, endommagé par la foudre en 1997, fut réparé et les chenaux refaits. Le donjon devra être détruit en juillet 2000, en raison des risques encourus par son état de délabrement. Michel Roy et son épouse Sabine Ferté partagent maintenant leur temps entre leur maison de Sézanne et le Chesnoy. 


Le Chesnoy en 1895


Le Chesnoy en 1994 avant travaux


Le Chesnoy en 1997 après travaux


Chapelle du Chesnoy


Le donjon été 1997


Note de Mme Marguerite David Roy :

« Après de longues et minutieuses recherches, Maurice Roy publiait le premier tome de l’histoire du Chesnoy : « Le Chesnoy-lez-Sens, histoire d’un fief et de ses seigneurs » en 1912. Il avait amassé un grand nombre de documents et rédigé quelques pages en vue d’un second tome, lorsque la mort vient le surprendre, le 24 juin 1932. J’ai tenté de dégager l’essentiel des notes et des documents conservés au Chesnoy et classés par la belle-fille de Maurice Roy : tante Simone. Ce dépouillement, complété par quelques recherches personnelles aux Archives Nationales et aux Archives Départementales de l’Yonne, m’a permis de rédiger cette modeste notice pour faire suite au tome I. 
Juillet 2000.